Je n'aurais jamais crû devoir disserter sur ce point. L'affaire est devenue contentieux ce soir au souper. J'avais imaginé que, le moment venu, j'acquérerais au cimetière de mon choix le plus beau terrain disponible, que j'y ferais ériger une stèle d'inspiration romaine ou hellène en tenant compte de l'argent disponible et que finalement nous n'en reparlerions qu'au moment propice, c'est-à-dire celui où il serait trop tard pour que je puisse opiner... Je voyais les dépouilles de ma femme et de mes trois enfants s'empiler sur la mienne et perpétuer dans l'au-delà le "fardeau" qu'ils avaient été durant mon existence terrestre. Je n'avais évidemment pas tenu compte de mon gendre, ni de deux hypothétiques brus: ces étrangers, dans mon esprit, n'avaient pas voix au chapitre. Eh bien! Je devrai déchanter.
Encore une fois, j'ai été devancé par ma femme! Elle avait entamé le sujet avec sa soeur. Celle-ci, pour avoir épousé un anglophone ontarien, n'avait pas imaginé d'autre issue pour survivre dans l'au-delà que celle de reposer dans un minuscule cimetière de Codrington, c'est-à-dire au beau milieu de nulle part. Ma femme s'est vite insurgée contre une telle entreprise:
-Ta place est à mes côtés, avec Louis-Jos. et Rose-Ida, au cimetière de St-Alphonse!
Ma belle-soeur n'avait certainement pas prévu une telle opposition: il lui faudrait choisir entre son fils et son mari et sa petite soeur... Ses héritiers oseraient-ils une translation interprovinciale? Et William, accepterait-il de survivre seul à Codrington pour l'éternité? Car, une éternité, c'est long! La belle-soeur n'est pas la dernière venue... Elle annonça à sa cadette, il y a quelques jours, qu'elle avait concocté une solution susceptible de plaire à tout le monde:
-J'ai l'intention d'ajouter un codicille à mon testament. J'exigerai qu'on sépare mes cendres en deux portions. L'une des urnes restera à Codrington, l'autre prendra le chemin de St-Alphonse!
Ainsi donc, la belle-soeur acceptait d'être incinérée. Car l'autre option aurait difficilement permis une division en deux parties... Quoiqu'on aurait toujours pu alléguer que chaque cercueil contenait sa juste part...
Rapportant l'incident, ma femme me surprit en opinant fermement:
-En ce qui me concerne, je veux et j'exige qu'on enfouisse mes cendres à St-Alphonse, dans le terrain familial, avec celles de papa et maman. Je refuse obstinément d'aller à St-Edouard, dans le terrain des Delhorno, pour des raisons qui me tiennent à coeur. Je ne passerai pas l'éternité en compagnie d'étrangers!
Ma fille s'en trouva figée quelques instants. Ceci impliquerait des dérangements... Si la défunte décède à Montréal, il faudra faire l'aller-retour au Saguenay. Tout aurait été tellement plus simple si la future défunte avait accepté comme tout le monde d'être enterrée à Montréal, sur la montagne ou ailleurs. Mais ceci, elle eut la délicatesse de ne pas l'exprimer, ni vertement, ni ouvertement! Elle rétorqua simplement:
-Mais qu'allons-nous faire de papa, ton mari?
-Il viendra avec moi, à St-Alphonse!
C'en était fait de mes droits sur l'au-delà... Doutant de survivre à ma femme et mes enfants, j'ai vu s'écrouler mon rêve le plus porteur, celui de me prélasser à perpétuité dans ce nouveau cimetière qu'on a construit à la Baie, au bout du rang St-Jean. Je connais bien l'endroit pour y avoir fait du vélo une partie de ma jeunesse. La route a changé maintenant... Elle tourne vers le sud, vers Ferland et Boilleau, vers le pays de Menaud, vers la rivière Malbaie et le ruisseau du Cran Rouge. Qui sait? J'aurais peut-être pu, un soir de grandes ténèbres, enfourcher un vélocipède satanique et pédaler hors-la-loi entre les étoiles vers le "grand R'mous" de la rivière Malbaie, histoire d'y rencontrer Mutt ou le cousin Gaston... Ce sera certainement beaucoup moins drôle sur les hauteurs de St-Alphonse, où il n'a jamais fait beau et où il vente constamment. Sans compter que ma femme sera toujours là, à mes côtés, à grelotter et à me surveiller!
IL SUFFIT DE MOURIR POUR PERDRE LE CONTROLE DE SA DESTINEE...
Delhorno
samedi 22 mars 2008
mercredi 20 février 2008
LE PERE LACHAISE
Il fut l'un des confesseurs de Louis XIV. J'ignore complètement comment il survint qu'on donnât son nom à un cimetière...
Paris. Juillet 2004. J'avais eu comme projet de visiter le fameux cimetière un jour. Je le connaissais depuis le temps du Séminaire, par les auteurs français qu'on nous enseignait. Je m'étais dit que je retrouverais les stèles funéraires de Molière et La Fontaine, que j'y lèverais mon chapeau tout en me remémorant les Diafoirus père et fils ainsi que La Cigale et la Fourmi.
Un début d'après-midi. Soleil de plomb sur Paris. Je dîne chez l'Italien qui tient pignon sur rue tout près de ma garçonnière. J'ai bien étudié la carte. Il est facile de marcher vers l'est, vers le boulevard Ménilmontant. Ménilmontant. Un autre nom qui s'est incrusté dans ma mémoire, depuis un article du Paris Match sur Trenet et son amour de Ménilmontant, qu'il a célébré par une chanson. Encore là, je m'étais dit que je saurais un jour de quoi il en retourne.
Me voilà parti, avec mon sac à dos, une bouteille d'eau. Les rues de Paris sont parsemées de plaques-souvenir: beaucoup rappellent la mort tragique et sanglante de résistants durant la Deuxième Grande Guerre. En voilà une. Je marche tout doucement, histoire de profiter de l'instant. Ah! Le voici!
J'arrivai au Père Lachaise du côté nord, alors que l'entrée était située plus au sud. J'arpentai donc le boulevard Ménilmontant du nord au sud en jetant un perpétuel regard sur les inscriptions des monuments. Quelques Dufour, imaginez-vous, dont un ou deux décédés à Verdun, à Vimy ou tout près...
Ouf! Voici l'entrée! On m'offre un plan du cimetière. Facile. Je retrouverai aisément mes deux célébrités. Erreur! Après une heure de marche, toujours pas de Molière, pas de trace du Fabuliste. Je désespère un peu... Il y a ce couple qui s'avance vers mois et que j'interpelle:
-Monsieur, sauriez-vous me dire où sont les tombeaux de Molière et La Fontaine. Je suis venu du nord du Québec pour les visiter et j'attends cet instant depuis plus de quarante ans.
-Vous savez, Monsieur le Québecois, -les Français, nous reconnaissent tout de suite à notre accent- que ce ne sont pas leurs cendres, leur vrai squelette qui reposent sous les monuments. Car, à leur décès, ils furent enterrés dans une fosse commune. La Ville de Paris, voulant leur rendre hommage cent et quelques années plus tard, transporta des os anonymes, pour ne pas dire quelconques de cette fosse commune au cimetière du Père Lachaise, où on leur érigea un monument.
-Ne me dites pas ça! Vous êtes en train de briser mon rêve!
-J'en suis désolé, croyez-moi!
Mon Francais poursuivit son chemin... Mais le voilà qui fait demi-tour et me réadresse la parole:
-Vous savez, je ne me rappelle plus qui a dit ça: QU'IMPORTE LA VERITE SI L'HISTOIRE EST BELLE. Bonne continuation!
J'esquissai un sourire, qui ne me lâcha plus pendant plusieurs minutes. Mon après-midi était sauvé! Par quelques mots bien dits et bien sentis. Je n'avais besoin que de croire à une belle histoire! Je racontai l'anecdote à mes intimes au retour: ils esquissèrent le même sourire.
En fait, au moment de cette rencontre impromptue, j'étais arrivé tout près des monuments de mes vieux amis. Je les saluai comme il fallait. Plus loin, je retrouvai la stèle de Champollion, l'initiateur de l'Egyptologie, celle de Gay-Lussac, l'homme de science, celles des maréchaux de Napoléon, que je revois encore comme si c'était hier.
Fatigué, en fin de compte. Je mis fin à mon excursion. Le retour vers le Marais fut malaisé sous la canicule. J'arrêtai un moment pour acheter un sac de "cerises de France"... Et je me dépêchai de colliger les faits saillants de l'après-midi dans mon Moleskine pour "usage ultérieur".
Méfie-toi, lecteur, de ce que je viens d'écrire. Car, QU'IMPORTE LA VERITE SI L'HISTOIRE EST BELLE!
Delhorno
Paris. Juillet 2004. J'avais eu comme projet de visiter le fameux cimetière un jour. Je le connaissais depuis le temps du Séminaire, par les auteurs français qu'on nous enseignait. Je m'étais dit que je retrouverais les stèles funéraires de Molière et La Fontaine, que j'y lèverais mon chapeau tout en me remémorant les Diafoirus père et fils ainsi que La Cigale et la Fourmi.
Un début d'après-midi. Soleil de plomb sur Paris. Je dîne chez l'Italien qui tient pignon sur rue tout près de ma garçonnière. J'ai bien étudié la carte. Il est facile de marcher vers l'est, vers le boulevard Ménilmontant. Ménilmontant. Un autre nom qui s'est incrusté dans ma mémoire, depuis un article du Paris Match sur Trenet et son amour de Ménilmontant, qu'il a célébré par une chanson. Encore là, je m'étais dit que je saurais un jour de quoi il en retourne.
Me voilà parti, avec mon sac à dos, une bouteille d'eau. Les rues de Paris sont parsemées de plaques-souvenir: beaucoup rappellent la mort tragique et sanglante de résistants durant la Deuxième Grande Guerre. En voilà une. Je marche tout doucement, histoire de profiter de l'instant. Ah! Le voici!
J'arrivai au Père Lachaise du côté nord, alors que l'entrée était située plus au sud. J'arpentai donc le boulevard Ménilmontant du nord au sud en jetant un perpétuel regard sur les inscriptions des monuments. Quelques Dufour, imaginez-vous, dont un ou deux décédés à Verdun, à Vimy ou tout près...
Ouf! Voici l'entrée! On m'offre un plan du cimetière. Facile. Je retrouverai aisément mes deux célébrités. Erreur! Après une heure de marche, toujours pas de Molière, pas de trace du Fabuliste. Je désespère un peu... Il y a ce couple qui s'avance vers mois et que j'interpelle:
-Monsieur, sauriez-vous me dire où sont les tombeaux de Molière et La Fontaine. Je suis venu du nord du Québec pour les visiter et j'attends cet instant depuis plus de quarante ans.
-Vous savez, Monsieur le Québecois, -les Français, nous reconnaissent tout de suite à notre accent- que ce ne sont pas leurs cendres, leur vrai squelette qui reposent sous les monuments. Car, à leur décès, ils furent enterrés dans une fosse commune. La Ville de Paris, voulant leur rendre hommage cent et quelques années plus tard, transporta des os anonymes, pour ne pas dire quelconques de cette fosse commune au cimetière du Père Lachaise, où on leur érigea un monument.
-Ne me dites pas ça! Vous êtes en train de briser mon rêve!
-J'en suis désolé, croyez-moi!
Mon Francais poursuivit son chemin... Mais le voilà qui fait demi-tour et me réadresse la parole:
-Vous savez, je ne me rappelle plus qui a dit ça: QU'IMPORTE LA VERITE SI L'HISTOIRE EST BELLE. Bonne continuation!
J'esquissai un sourire, qui ne me lâcha plus pendant plusieurs minutes. Mon après-midi était sauvé! Par quelques mots bien dits et bien sentis. Je n'avais besoin que de croire à une belle histoire! Je racontai l'anecdote à mes intimes au retour: ils esquissèrent le même sourire.
En fait, au moment de cette rencontre impromptue, j'étais arrivé tout près des monuments de mes vieux amis. Je les saluai comme il fallait. Plus loin, je retrouvai la stèle de Champollion, l'initiateur de l'Egyptologie, celle de Gay-Lussac, l'homme de science, celles des maréchaux de Napoléon, que je revois encore comme si c'était hier.
Fatigué, en fin de compte. Je mis fin à mon excursion. Le retour vers le Marais fut malaisé sous la canicule. J'arrêtai un moment pour acheter un sac de "cerises de France"... Et je me dépêchai de colliger les faits saillants de l'après-midi dans mon Moleskine pour "usage ultérieur".
Méfie-toi, lecteur, de ce que je viens d'écrire. Car, QU'IMPORTE LA VERITE SI L'HISTOIRE EST BELLE!
Delhorno
mardi 19 février 2008
MUTT
C'était son sobriquet. J'ignore pourquoi ses frères et soeurs l'avaient ainsi surnommé. On a déjà fait allusion au fait que son "caractère" -entendre son humeur du moment- n'était pas toujours au beau fixe. Lui-même ne m'en a jamais parlé.
Parmi mes premiers souvenirs de Mutt, il y a celui-ci, qui remonte à l'été 1953. Il m'avait emmené pêcher sur les bords de la rivière Malbaie. Je n'avais pas dix ans. Je l'avais tant "tourmenté" pour qu'il m'emmène avec lui. Je le suivais religieusement, presque intimidé. J'avais ma besace, toute petite, ainsi que ma propre canne à pêche. Il s'était occupé de tout. Nous garâmes l'auto près du "Deuxième Pont". Un CocaCola pour lui et un pour moi. Les sandwiches aux cretons avec moutarde préparés par sa femme. Nous voilà partis en direction du "Troisième Pont", sur la rive gauche de la rivière. Au bas d'une côte que j'avais trouvée énormément énorme, il me montra ce ruisseau, du Cran Rouge, que je n'ai jamais oublié, et que je n'oublierais jamais. Nous le traversâmes sur un petit pont fabriqué de billes d'épinettes. Ce fut ensuite ce sentier dans le flanc de la montagne, au beau soleil, à travers les framboisiers sauvages et les coudriers. Je pensais simplement qu'il fallait marcher très longtemps pour enfin pêcher...
Le "Troisième Pont" aurait pu tout aussi bien s'appeler "d'Avignon", car il n'en restait qu'un squelette.
-Pourquoi ne le réparent-ils pas? me demandai-je?
-Jette ta ligne ici! me cria Mutt, qui était déjà en train de taquiner l'onde un peu plus loin. Car Mutt était toujours le premier à jeter sa ligne: ça, je l'apprendrais au cours des étés suivants.
Tout à coup, ma ligne se tendit et ça se mit à frétiller là-bas, dans le fond de l'eau.
-Ca mord! me dit Mutt, me sortant de ma torpeur,
-Donne un coup sec pour la ferrer comme il faut, puis lève ta canne doucement!
Ce que fis exactement. J'entendis alors ce rire sonore -de quelqu'un qui ne riait pas souvent.
-C'est un coup de deux!
C'était bien vrai. Ma première truite, c'en fut deux, petites et bien en vie, prises dans la rivière Malbaie, sous l'oeil bienveillant de celui que j'admirais le plus au monde: Mutt.
La journée se poursuivit tout ainsi, un peu de marche, essai d'un"remous", nouvelle marche. Mutt parlait peu. Quelques années plus tard, j'apprendrais le mot "laconique", "qui économise les mots". Ainsi était Mutt. Nous revînmes au Deuxième Pont sous le soleil de fin d'après-midi -j'aurais préféré écrire "sous le soleil de la tarde", mais, bon! J'ai conservé dans ma tête ces images de mon retour sur les bords de la rivière Malbaie en compagnie de Mutt, qui marchait le premier, sans dire un mot; j'étais fatigué, mais je ne me serais plaint pour tout l'or du monde. Nous arrivâmes finalement à l'auto. Je fis remarquer à Mutt que nous n'avions pas lunché. Nous nous assîmes donc sur le rebord du coffre arrière. Nous enfilâmes prestement sandwiches, CocaCola et millefeuilles: ce devait être le lunch classique de nos excursions de pêche, mais ça, je l'ignorais encore. Puis, nous nous mîmes en frais de "dégréyer". Dieu du Ciel! Il me manquait le petit bout de la canne à pêche! Je l'avais perdu au retour, dans le sentier touffu à flanc de montagne. Insouciance de l'enfance... C'était une belle perche en bambou laqué, la première que Mutt s'était acheté avec son propre argent. Quel imbécile j'avais été! Je m'attendais à une remontrance de fort calibre. C'est tout le contraire qui se produisit. Mutt simplement commenta:
-C'est pas grave. Viens, allons-nous-en!
J'ai complètement oublié le chemin du retour, celui qui serpente entre les deux lacs Ha!Ha! et le long de la rivière du même nom. Car je m'étais endormi à côté de Mutt.
Mutt, c'était Roland, mon père, ma première idole. Il ne parla jamais beaucoup. A peine riait-il quelques fois par an. Mais un jour, il me parlerait au moment opportun, un instant qui changerait ma vie. Mais ceci est une autre histoire.
Delhorno
Parmi mes premiers souvenirs de Mutt, il y a celui-ci, qui remonte à l'été 1953. Il m'avait emmené pêcher sur les bords de la rivière Malbaie. Je n'avais pas dix ans. Je l'avais tant "tourmenté" pour qu'il m'emmène avec lui. Je le suivais religieusement, presque intimidé. J'avais ma besace, toute petite, ainsi que ma propre canne à pêche. Il s'était occupé de tout. Nous garâmes l'auto près du "Deuxième Pont". Un CocaCola pour lui et un pour moi. Les sandwiches aux cretons avec moutarde préparés par sa femme. Nous voilà partis en direction du "Troisième Pont", sur la rive gauche de la rivière. Au bas d'une côte que j'avais trouvée énormément énorme, il me montra ce ruisseau, du Cran Rouge, que je n'ai jamais oublié, et que je n'oublierais jamais. Nous le traversâmes sur un petit pont fabriqué de billes d'épinettes. Ce fut ensuite ce sentier dans le flanc de la montagne, au beau soleil, à travers les framboisiers sauvages et les coudriers. Je pensais simplement qu'il fallait marcher très longtemps pour enfin pêcher...
Le "Troisième Pont" aurait pu tout aussi bien s'appeler "d'Avignon", car il n'en restait qu'un squelette.
-Pourquoi ne le réparent-ils pas? me demandai-je?
-Jette ta ligne ici! me cria Mutt, qui était déjà en train de taquiner l'onde un peu plus loin. Car Mutt était toujours le premier à jeter sa ligne: ça, je l'apprendrais au cours des étés suivants.
Tout à coup, ma ligne se tendit et ça se mit à frétiller là-bas, dans le fond de l'eau.
-Ca mord! me dit Mutt, me sortant de ma torpeur,
-Donne un coup sec pour la ferrer comme il faut, puis lève ta canne doucement!
Ce que fis exactement. J'entendis alors ce rire sonore -de quelqu'un qui ne riait pas souvent.
-C'est un coup de deux!
C'était bien vrai. Ma première truite, c'en fut deux, petites et bien en vie, prises dans la rivière Malbaie, sous l'oeil bienveillant de celui que j'admirais le plus au monde: Mutt.
La journée se poursuivit tout ainsi, un peu de marche, essai d'un"remous", nouvelle marche. Mutt parlait peu. Quelques années plus tard, j'apprendrais le mot "laconique", "qui économise les mots". Ainsi était Mutt. Nous revînmes au Deuxième Pont sous le soleil de fin d'après-midi -j'aurais préféré écrire "sous le soleil de la tarde", mais, bon! J'ai conservé dans ma tête ces images de mon retour sur les bords de la rivière Malbaie en compagnie de Mutt, qui marchait le premier, sans dire un mot; j'étais fatigué, mais je ne me serais plaint pour tout l'or du monde. Nous arrivâmes finalement à l'auto. Je fis remarquer à Mutt que nous n'avions pas lunché. Nous nous assîmes donc sur le rebord du coffre arrière. Nous enfilâmes prestement sandwiches, CocaCola et millefeuilles: ce devait être le lunch classique de nos excursions de pêche, mais ça, je l'ignorais encore. Puis, nous nous mîmes en frais de "dégréyer". Dieu du Ciel! Il me manquait le petit bout de la canne à pêche! Je l'avais perdu au retour, dans le sentier touffu à flanc de montagne. Insouciance de l'enfance... C'était une belle perche en bambou laqué, la première que Mutt s'était acheté avec son propre argent. Quel imbécile j'avais été! Je m'attendais à une remontrance de fort calibre. C'est tout le contraire qui se produisit. Mutt simplement commenta:
-C'est pas grave. Viens, allons-nous-en!
J'ai complètement oublié le chemin du retour, celui qui serpente entre les deux lacs Ha!Ha! et le long de la rivière du même nom. Car je m'étais endormi à côté de Mutt.
Mutt, c'était Roland, mon père, ma première idole. Il ne parla jamais beaucoup. A peine riait-il quelques fois par an. Mais un jour, il me parlerait au moment opportun, un instant qui changerait ma vie. Mais ceci est une autre histoire.
Delhorno
dimanche 17 février 2008
LES TASSEUX
Le sport est maintenant révolu. RDS n'en parle jamais. Les jeunes n'y jouent plus. Même les filles n'y jouent pas. Pourtant...
J'ai connu un temps où le ballon-balai florissait! Il y avait le hockey, oui, mais le Québec profond -sauf Montréal, peut-être- jouait au ballon-balai. Il y avait des ligues, des championnats. Le Carnaval de Québec organisait même un tournoi fort couru. Le ballon-balai, c'était un analogue du hockey: le ballon remplaçait la rondelle, le balai faisait office de gouret, les buts étaient les mêmes que ceux du hockey, on jouait sur les patinoires quand il n'y avait pas de hockey, les patins étaient remplacés par des pichous ou des espadrilles avec ventouses aux semelles, ce qui en améliorait la traction.
Moi, c'est le ballon-balai extérieur que j'ai vraiment goûté. Sur le campus de l'Université Laval. Il y avait une "grosse" ligue intramurale. Y participaient tous ceux qui résidaient sur le campus, c'est-à-dire ceux du Québec profond. Equipes de Trois-Rivières, de Shawinigan, du Bas-du-Fleuve, de la Gaspésie, de la Côte-Nord, du lac St-Jean et... du Saguenay. L'équipe saguenéenne s'appelait "Les Tasseux", vocable qui pouvait avoir deux sens, deux connotations. Le mentor et constructeur de l'équipe, c'était Gilles Tremblay, de Bagotville. Il fut l'instigateur de notre équipée. Dieu que je garde de beaux souvenirs de cette époque!
Les Tasseux gagnèrent le championnat de ballon-balai trois années de suite! J'étais dans cette équipe! Nous jouions un ou deux soirs par semaine. Les parties duraient environ une heure. Nous étions jeunes... Il faisait froid et il n'en paraissait rien.
Que de leçons de ballon-balai avons-nous données à des néophytes, à des équipes sorties de nulle part! Nous pouvions jouer la finesse, la rapidité ou la rudesse. Nous avions des spécialistes de tous acabits.
Un de mes plus beaux souvenirs, c'est celui d'avoir joué avec mon frère Marcel. Celui-ci avait été un fameux joueur de hockey et un fameux passeur! Il était mon centre au ballon-balai: j'avais l'impression de jouer en compagnie de mon alter ego. Nous savions toujours tous deux où l'autre était.
J'ai conservé dans le fond d'un tiroir deux écussons "old-fashioned" qui témoignent de l'épopée des Tasseux. Je me dis que je devrais les coudre sur un blouson d'hiver... Y a-t-il tant de sexgénaires qui se promènent sur les rues avec leurs écussons cousus sur leurs paletots? Je n'ai pas encore mis mon projet à exécution.
Delhorno
J'ai connu un temps où le ballon-balai florissait! Il y avait le hockey, oui, mais le Québec profond -sauf Montréal, peut-être- jouait au ballon-balai. Il y avait des ligues, des championnats. Le Carnaval de Québec organisait même un tournoi fort couru. Le ballon-balai, c'était un analogue du hockey: le ballon remplaçait la rondelle, le balai faisait office de gouret, les buts étaient les mêmes que ceux du hockey, on jouait sur les patinoires quand il n'y avait pas de hockey, les patins étaient remplacés par des pichous ou des espadrilles avec ventouses aux semelles, ce qui en améliorait la traction.
Moi, c'est le ballon-balai extérieur que j'ai vraiment goûté. Sur le campus de l'Université Laval. Il y avait une "grosse" ligue intramurale. Y participaient tous ceux qui résidaient sur le campus, c'est-à-dire ceux du Québec profond. Equipes de Trois-Rivières, de Shawinigan, du Bas-du-Fleuve, de la Gaspésie, de la Côte-Nord, du lac St-Jean et... du Saguenay. L'équipe saguenéenne s'appelait "Les Tasseux", vocable qui pouvait avoir deux sens, deux connotations. Le mentor et constructeur de l'équipe, c'était Gilles Tremblay, de Bagotville. Il fut l'instigateur de notre équipée. Dieu que je garde de beaux souvenirs de cette époque!
Les Tasseux gagnèrent le championnat de ballon-balai trois années de suite! J'étais dans cette équipe! Nous jouions un ou deux soirs par semaine. Les parties duraient environ une heure. Nous étions jeunes... Il faisait froid et il n'en paraissait rien.
Que de leçons de ballon-balai avons-nous données à des néophytes, à des équipes sorties de nulle part! Nous pouvions jouer la finesse, la rapidité ou la rudesse. Nous avions des spécialistes de tous acabits.
Un de mes plus beaux souvenirs, c'est celui d'avoir joué avec mon frère Marcel. Celui-ci avait été un fameux joueur de hockey et un fameux passeur! Il était mon centre au ballon-balai: j'avais l'impression de jouer en compagnie de mon alter ego. Nous savions toujours tous deux où l'autre était.
J'ai conservé dans le fond d'un tiroir deux écussons "old-fashioned" qui témoignent de l'épopée des Tasseux. Je me dis que je devrais les coudre sur un blouson d'hiver... Y a-t-il tant de sexgénaires qui se promènent sur les rues avec leurs écussons cousus sur leurs paletots? Je n'ai pas encore mis mon projet à exécution.
Delhorno
samedi 16 février 2008
OCCASION RATEE, PARTIE REMISE
Je devais aller dans l'arrière-pays de Saint-Ambroise ce matin. Passer une partie de mon samedi avec Marc Boucher, sur ses terres, dans sa forêt domaniale. Marc a une passion, depuis sa tendre enfance: les chevaux. Pas n'importe lesquels chevaux! Les chevaux canadiens. Qui sont-ils?
Ils sont arrivés au début de la colonie, cadeau de Louis XIV, pigés dans ses écuries. Au fil des générations, environnement aidant, ces chevaux en sont venus à former une race, une lignée distincte. J'ignorais tout ça -de même que l'existence d'une "vache canadienne" - jusqu'à ce que je me mette à regarder La Semaine Verte à Radio-Canada. Le cheval était en voie d'extinction jusqu'à récemment, depuis l'arrivée du "cheval-vapeur" et du "cheval-moteur"! La race doit son salut à ces passionnés qui l'ont aimée, l'ont nourrie et l'ont fait se reproduire. La situation serait moins précaire présentement. Le cheval canadien a été exporté aux Etats-»Unis et dans l'Ouest canadien, ce qui serait un gage de sa survie.
Marc Boucher fut mon patient, d'abord. C'est ainsi que je découvris son secret, q'il tenait d'un vieil oncle qui en avait été dévoré! Je l'allai visiter à sa ferme, il y aura bientôt deux ans. Accompagné de Bill Woof, mon beau-frère agriculteur, qui, ironie du sort, m'a avoué ne pas aimer les chevaux! Matin de septembre où il ne faisait pas très beau. Ciel gris. A peine débarqués de la Mercedes, nous apercevons trois belles taches noires qui s'avancent vers nous, pas du tout intimidés, presque chaleureux. Coup de foudre en ce qui me concerne. La mère et son fils. Une tante. Beaux grands yeux noirs. Je pense qu'ils m'ont souri!
Marc nous raconta sa petite histoire. Sa passion. L'hiver, il fait travailler les chevaux dans les bois: ils sortent les billes sur des traîneaux d'une autre époque. Le cheval canadien serait doux, vaillant, paisible. On ne l'énerve pas facilement. En passant, le détachement équestre de la Police de Montréal a choisi des chevaux de race canadienne pour constituer son effectif équin. Ils se disent très satisfaits.
C'est donc ce que je devais faire aujourd'hui: aller voir travailler la petite jument canadienne de Marc Boucher. Hélas! Il a tellement neigé que les chemins de son lot sont impraticables. Le cheval enfonce jusqu'au poitrail et n'arrive pas à tirer le chargement. Il me faudra donc me reprendre.
Je dois vous avouer, chers Gibus et McPherson, mon respect énormissime pour ces passionnés de la vie qui consacrent presque toute une existence à sauvegarder quelque chose: une race de chevaux, une espèce de vaches laitières, une sous-espèce de poules et de coqs. Parlant de ces derniers, je dois vous dire que l'industrialisation de la production d'oeufs est en train d'induire une éradication de certaines races de poules et de coqs qui, moins productives, ne présentent ainsi plus d'intérêt économique.
Delhorno
Ils sont arrivés au début de la colonie, cadeau de Louis XIV, pigés dans ses écuries. Au fil des générations, environnement aidant, ces chevaux en sont venus à former une race, une lignée distincte. J'ignorais tout ça -de même que l'existence d'une "vache canadienne" - jusqu'à ce que je me mette à regarder La Semaine Verte à Radio-Canada. Le cheval était en voie d'extinction jusqu'à récemment, depuis l'arrivée du "cheval-vapeur" et du "cheval-moteur"! La race doit son salut à ces passionnés qui l'ont aimée, l'ont nourrie et l'ont fait se reproduire. La situation serait moins précaire présentement. Le cheval canadien a été exporté aux Etats-»Unis et dans l'Ouest canadien, ce qui serait un gage de sa survie.
Marc Boucher fut mon patient, d'abord. C'est ainsi que je découvris son secret, q'il tenait d'un vieil oncle qui en avait été dévoré! Je l'allai visiter à sa ferme, il y aura bientôt deux ans. Accompagné de Bill Woof, mon beau-frère agriculteur, qui, ironie du sort, m'a avoué ne pas aimer les chevaux! Matin de septembre où il ne faisait pas très beau. Ciel gris. A peine débarqués de la Mercedes, nous apercevons trois belles taches noires qui s'avancent vers nous, pas du tout intimidés, presque chaleureux. Coup de foudre en ce qui me concerne. La mère et son fils. Une tante. Beaux grands yeux noirs. Je pense qu'ils m'ont souri!
Marc nous raconta sa petite histoire. Sa passion. L'hiver, il fait travailler les chevaux dans les bois: ils sortent les billes sur des traîneaux d'une autre époque. Le cheval canadien serait doux, vaillant, paisible. On ne l'énerve pas facilement. En passant, le détachement équestre de la Police de Montréal a choisi des chevaux de race canadienne pour constituer son effectif équin. Ils se disent très satisfaits.
C'est donc ce que je devais faire aujourd'hui: aller voir travailler la petite jument canadienne de Marc Boucher. Hélas! Il a tellement neigé que les chemins de son lot sont impraticables. Le cheval enfonce jusqu'au poitrail et n'arrive pas à tirer le chargement. Il me faudra donc me reprendre.
Je dois vous avouer, chers Gibus et McPherson, mon respect énormissime pour ces passionnés de la vie qui consacrent presque toute une existence à sauvegarder quelque chose: une race de chevaux, une espèce de vaches laitières, une sous-espèce de poules et de coqs. Parlant de ces derniers, je dois vous dire que l'industrialisation de la production d'oeufs est en train d'induire une éradication de certaines races de poules et de coqs qui, moins productives, ne présentent ainsi plus d'intérêt économique.
Delhorno
mardi 12 février 2008
SAUCE A SPAGHETTI
Le spaghetti italien nous est arrivé au Saguenay entre 1955 et 1960. Je me demande encore comment les saguenéens ont fait pour vivre avant son arrivée... Auparavant, il ne se mangeait que du spaghetti avec sauce tomate chez nous. Une de nos connaissances disait "spagnetti" plutôt que "spaghetti"; je passerai sous silence bon nombre de "demeurés" qui disaient, eux, "spékati"... J'ignore toujours encore pourquoi certains ne prononcent jamais les mots comme il faut. Il y a ceux qui disent "ol-doille" plutôt que "hot dog", ceux qui parlent de "hambégueurs" au lieu de "hamburgers", ceux qui mangent de la "tourquiére" tous les dimanches et les "ceusses" qui mangent du "steak de jobber": le baloney (saucisson de Bologne). N'oublions pas les mangeux de "pétaques"!
Ce fut une commotion! Nos mères se passaient les recettes de sauce à spaghetti comme si une révélation était tombée du ciel. Il y avait un âge pour fabriquer la sauce à spaghetti italien. Les grand'mères n'en faisaient point: la recette, exotique, était suspecte. Elles s'en tenaient à leurs bonnes vieilles recettes, celles qu'elles tenaient de leurs mères et de leurs grand'mères: rôti de porc, rosbif, poulet rôti, ragoût de pattes, steak en tranches, fèves au lard, crêpes minces ou épaisses. Le spaghetti italien, ça n'allait pas durer, c'était du toc, de la "bombézite". Surtout, elles n'en mangeaient pas, même si c'était le repas de leurs filles ou de leurs brus.
Ceux qui mangeaient du spaghetti italien avaient moins de 45 ans, je pense. Quinquagénaires et sexagénaires plissaient le nez devant ce plat hérétique. Je me souviens que Roland, mon père, mangeait du steak quand nous savourions le "spag" italien de ma mère.
Car c'était devenu un art que de concocter la sauce bolognaise. Pas trop claire, juste assez de viande, des piments, oui, mais pas trop, et le goût! Ma mère se targuait de faire la meilleure sauce de toute notre parenté... Nous, les "cinq", étions bien d'accord. Que j'ai donc aimé le spaghetti italien de Lulu!
Certaines mères du quartier, certaines de nos tantes même, ajoutaient des carottes, ou du céleri, ou d'autres vilains légumes. Nous méprisions leurs sauces à spaghetti "déviantes" et il n'était pas question d'en manger! Ma mère parlait même d'"hérétiques"! Certaines sauces étaient immangeables. Leurs auteures étaient cataloguées sévèrement: étaient-elles dignes de vivre?
Personne aujourd'hui ne daigne aborder ce sujet: le spaghetti italien. La commotion s'est éteinte... Certaines cuisinières poussent même l'audace jusqu'à acheter de la sauce en conserve! Quelle incurie! Quelle ignominie! Excuse-moi, lecteur, de ne pas élever davantage, ce soir, le niveau intellectuel de mon blogue. C'est que j'adore le spaghetti italien! Surtout selon les préceptes maternels, qui résonnent toujours dans nos têtes. N'allez pas mettre de légumes dans la sauce: ça ne se fait pas, c'est hérétique. Certaines sauces sont identiques à elles-mêmes depuis des dizaines d'années: celle de l'hôpital de Chicoutimi, par exemple. Tout le monde en mange, une fois par semaine, depuis presque cinquante années. Le midi du spaghetti italien, pour certains d'entre nous, c'est un pèlerinage, c'est vénérer...
Le secret est dans la sauce...
Delhorno
Ce fut une commotion! Nos mères se passaient les recettes de sauce à spaghetti comme si une révélation était tombée du ciel. Il y avait un âge pour fabriquer la sauce à spaghetti italien. Les grand'mères n'en faisaient point: la recette, exotique, était suspecte. Elles s'en tenaient à leurs bonnes vieilles recettes, celles qu'elles tenaient de leurs mères et de leurs grand'mères: rôti de porc, rosbif, poulet rôti, ragoût de pattes, steak en tranches, fèves au lard, crêpes minces ou épaisses. Le spaghetti italien, ça n'allait pas durer, c'était du toc, de la "bombézite". Surtout, elles n'en mangeaient pas, même si c'était le repas de leurs filles ou de leurs brus.
Ceux qui mangeaient du spaghetti italien avaient moins de 45 ans, je pense. Quinquagénaires et sexagénaires plissaient le nez devant ce plat hérétique. Je me souviens que Roland, mon père, mangeait du steak quand nous savourions le "spag" italien de ma mère.
Car c'était devenu un art que de concocter la sauce bolognaise. Pas trop claire, juste assez de viande, des piments, oui, mais pas trop, et le goût! Ma mère se targuait de faire la meilleure sauce de toute notre parenté... Nous, les "cinq", étions bien d'accord. Que j'ai donc aimé le spaghetti italien de Lulu!
Certaines mères du quartier, certaines de nos tantes même, ajoutaient des carottes, ou du céleri, ou d'autres vilains légumes. Nous méprisions leurs sauces à spaghetti "déviantes" et il n'était pas question d'en manger! Ma mère parlait même d'"hérétiques"! Certaines sauces étaient immangeables. Leurs auteures étaient cataloguées sévèrement: étaient-elles dignes de vivre?
Personne aujourd'hui ne daigne aborder ce sujet: le spaghetti italien. La commotion s'est éteinte... Certaines cuisinières poussent même l'audace jusqu'à acheter de la sauce en conserve! Quelle incurie! Quelle ignominie! Excuse-moi, lecteur, de ne pas élever davantage, ce soir, le niveau intellectuel de mon blogue. C'est que j'adore le spaghetti italien! Surtout selon les préceptes maternels, qui résonnent toujours dans nos têtes. N'allez pas mettre de légumes dans la sauce: ça ne se fait pas, c'est hérétique. Certaines sauces sont identiques à elles-mêmes depuis des dizaines d'années: celle de l'hôpital de Chicoutimi, par exemple. Tout le monde en mange, une fois par semaine, depuis presque cinquante années. Le midi du spaghetti italien, pour certains d'entre nous, c'est un pèlerinage, c'est vénérer...
Le secret est dans la sauce...
Delhorno
mercredi 6 février 2008
TANT DE FAÇONS DE MOURIR
L'année d'avant, elle avait dû se soumettre à un quadruple pontage aortocoronarien. Insuffisance cardiaque dans la période postopératoire immédiate. Ça n'avait pas été facile.
Ce matin d'hiver, elle avait rendez-vous chez sa coiffeuse. Octogénaire. Il n'y a pas d'âge pour soigner son allure... Il avait neigé, il avait plu, le chemin était glacé, la municipalité n'avait encore rien épandu... Arriva ce qui devait arriver. Elle perdit pied, chuta, ne put se relever: on appela une ambulance.
L'urgentologue lui annonça la mauvaise nouvelle: fracture de la hanche gauche, fracture du poignet droit. Elle fut opérée instamment. Tout se passa très bien.
Ce n'est qu'hier soir que j'appris son existence. Madame Doiron. L'orthopédiste m'appela. Je devais la voir urgemment. Elle avait mal au ventre. C'était nouveau. Ce n'était pas un mal de ventre ordinaire. Les lavements avaient été efficaces pourtant. Son ventre était ballonné, douloureux. Je n'en pensai pas grand'chose. Ça ne devait être qu'un gros intestin qui se remettait à fonctionner... La radiographie abdominale ne montrait pas d'anomalies.
Je m'amenai ce matin. Soins intensifs. Intensiviste au chevet. Elle avait fait un infarctus la veille. Oedème pulmonaire: râles sous-crépitants aux bases pulmonaires. J'examinai le ventre qui m'apparut anormal. Malgré deux énormes selles diarrhéiques, le ventre était encore ballonné, douloureux...
Il m'advint subitement que cet intestin, l'hémicolon droit, souffrait d'ischémie, que ceci annonçait un drame... car il n'était pas question de chirurgie abdominale en présence d'un infarctus aigu du myocarde, c'était signer un arrêt de mort. Je consignai mes impressions au dossier. Je parlai d'escompter un décès. L'intensiviste Lintao resta interloqué:
-Hopefully not!
Je ne sus que rétorquer.
C'est ainsi que les hommes meurent. On va chez sa coiffeuse pour avoir l'air "de monde". On n'a pas prévu que la ville n'a pas encore mis du sel sur le chemin glacé. S'ensuit une cascade inexorable: chute, fractures, chirurgie, complications. Ma grand'mère Mary est décédée en marchant à toute vapeur à Bagotville aider sa fille Margot qui allait accoucher. Mon grand'père François est décédé après avoir tiré sa vache: mon père, voyant qu'il avait peine à porter le seau de lait, avait laissé son sac de golf sur le tertre de départ pour lui donner un coup de main. Guillaume, mon autre grand'père, est mort subitement un soir de fête: on célébrait son départ à la retraite!
Tout de suite après la chute de madame Doiron, la municipalité épandit du sel sur le chemin allant au salon de coiffure...
Delhorno
Ce matin d'hiver, elle avait rendez-vous chez sa coiffeuse. Octogénaire. Il n'y a pas d'âge pour soigner son allure... Il avait neigé, il avait plu, le chemin était glacé, la municipalité n'avait encore rien épandu... Arriva ce qui devait arriver. Elle perdit pied, chuta, ne put se relever: on appela une ambulance.
L'urgentologue lui annonça la mauvaise nouvelle: fracture de la hanche gauche, fracture du poignet droit. Elle fut opérée instamment. Tout se passa très bien.
Ce n'est qu'hier soir que j'appris son existence. Madame Doiron. L'orthopédiste m'appela. Je devais la voir urgemment. Elle avait mal au ventre. C'était nouveau. Ce n'était pas un mal de ventre ordinaire. Les lavements avaient été efficaces pourtant. Son ventre était ballonné, douloureux. Je n'en pensai pas grand'chose. Ça ne devait être qu'un gros intestin qui se remettait à fonctionner... La radiographie abdominale ne montrait pas d'anomalies.
Je m'amenai ce matin. Soins intensifs. Intensiviste au chevet. Elle avait fait un infarctus la veille. Oedème pulmonaire: râles sous-crépitants aux bases pulmonaires. J'examinai le ventre qui m'apparut anormal. Malgré deux énormes selles diarrhéiques, le ventre était encore ballonné, douloureux...
Il m'advint subitement que cet intestin, l'hémicolon droit, souffrait d'ischémie, que ceci annonçait un drame... car il n'était pas question de chirurgie abdominale en présence d'un infarctus aigu du myocarde, c'était signer un arrêt de mort. Je consignai mes impressions au dossier. Je parlai d'escompter un décès. L'intensiviste Lintao resta interloqué:
-Hopefully not!
Je ne sus que rétorquer.
C'est ainsi que les hommes meurent. On va chez sa coiffeuse pour avoir l'air "de monde". On n'a pas prévu que la ville n'a pas encore mis du sel sur le chemin glacé. S'ensuit une cascade inexorable: chute, fractures, chirurgie, complications. Ma grand'mère Mary est décédée en marchant à toute vapeur à Bagotville aider sa fille Margot qui allait accoucher. Mon grand'père François est décédé après avoir tiré sa vache: mon père, voyant qu'il avait peine à porter le seau de lait, avait laissé son sac de golf sur le tertre de départ pour lui donner un coup de main. Guillaume, mon autre grand'père, est mort subitement un soir de fête: on célébrait son départ à la retraite!
Tout de suite après la chute de madame Doiron, la municipalité épandit du sel sur le chemin allant au salon de coiffure...
Delhorno
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