dimanche 30 septembre 2007

WOUNDED KNEE

"Enterre mon coeur à Wounded Knee." C'est le titre du film. Excellent. Je l'ai vu ce soir. A gagné des prix à Hollywood. Oeuvre d'un Québécois, Simoneau. Les Indiens des Amériques n'ont pas eu ça facile... Les Espagnols, les Anglais, les Français, les maladies, l'alcool... sans compter l'humiliation.
Wounded Knee... Quel beau nom! N'est-ce pas tout près de là que s'est écrasé le Learjet du golfeur américain dont j'oublie le nom?
Quand je pense à Wounded Knee, je n'oublie pas le massacre, mais je pense aussi à Louis Riel, et quand je pense à Louis Riel, il me revient en mémoire un court poème qui me parvint de Winnipeg, il y a de ça plusieurs étés, et que je n'ai jamais oublié:
QUAND LES CLOCHES DU SOIR
DANS LEUR TENDRE VOLÉE
FERONT DESCENDRE L'AIR
AU FOND DE LA VALLÉE
QUAND TU N'AURAS
NI D'AMI
NI D'AMOUR PRÈS DE TOI
PENSE A MOI. Louis Riel

Delhorno

vendredi 28 septembre 2007

L'ACCENT

Reçu aujourd'hui: "Il est vraiment du Saguenay celui-là... qui pense que c'est le Montréalais qui a un accent!"
Ca m'a rappelé qu'en 1974, fraîchement débarqué à Montréal pour étudier, le chef de mon département avait transmis à la cantonade que "Delhorno parle cowboy pas mal".
J'en avais été froissé un peu, ce qui explique que je ne l'aie jamais oublié. Plus tard, beaucoup plus tard, à Bordeaux, on m'exhiba quasi comme une bête de cirque: "il parle comme nous parlions en France au XVIIe siècle!" En Tunisie, il y a de ça peu d'années: nous sommes à dos de dromadaire, tous parlant français! Le tunisien qui nous accompagne me pointe du doigt et demande à ma voisine: "Quelle langue parle-t-il celui-là? Je propose un autre point de vue sur l'accent:

LORSQUE LOIN DU PAYS LE COEUR GROS ON S'ENFUIT
L'ACCENT, MAIS C'EST UN PEU LE PAYS QUI VOUS SUIT.
MON ACCENT, IL FAUDRAIT L'ECOUTER A GENOUX!
C'EST UN PEU CET ACCENT, INVISIBLE BAGAGE,
LE PARLER DE CHEZ SOI QU,ON EMPORTE EN VOYAGE.
AVOIR L'ACCENT, ENFIN, C'EST CHAQUE FOIS QUE L'ON CAUSE
PARLER DE SON PAYS... EN PARLANT D'AUTRE CHOSE.
NE PAS AVOIR D'ACCENT, POUR NOUS, C'EST D'EN AVOIR!

Miguel Zamucol

Voilà! Delhorno

mercredi 26 septembre 2007

DESEO...

"...una nueva y arrasadora utopia de la vida donde nadie pueda decidir por otros hasta la forma de morir, donde de veras sea cierto el amor y sea posible la felicidad y donde las estirpes condenadas a cien anos de soledad tengan por fin y para siempre una segunda oportunidad sobre la tierra."

Ce matin-là, je décidai de prendre le train Alicante-Denia. Parcours pittoresque, s'il en est un, car il côtoie la Méditerranée. Mais là n'est pas mon sujet... Ce qui fait l'attrait majeur de Denia, ce sont les ferries qui desservent les Baléares. Sorti de la gare, je m'en fus vers les quais où, à mon insu, un spectacle formidable s'était mis en branle. Un gigantesque géant blanc avalait gloutonnement des centaines de véhicules-moteurs. Sur le flanc de ce géant blanc étaient peintes les lettres suivantes: GABRIEL GARCIA MARQUES. Je flânai longuement sur le port, me demandant bien qui était ce Marques. C'est au retour à Alicante que la lumière fut. Dans mes notes de cours, il y avait un chapitre sur ce prix Nobel de littérature qui n'avait pas croisé ma route avant cet été-là. Ce que j'ai écrit en espagnol ci-haut, c'est une partie du discours de Marques à Stockholm, quand il reçut le prix. Je dédie ce court texte à quelqu'un qui jadis chercha un décocheur verticalement plutôt qu'horizontalement. Delhorno

mardi 25 septembre 2007

25 SEPTEMBRE

C'était en 1970. Un vendredi soir. Nous n'avions pas un sou. Mais assez de fric pour aller à Montego Bay. Le curé Boily nous a mariés. Emporté peu après par un cancer gastrique. Nos parents vivaient encore. Une fort petite noce, le strict minimum. Banquet au Saguenay Inn, qui n'existe plus aujourd'hui. Avion le lendemain, pour Montréal et la Jamaïque. Huguette Desbiens-Desmeules jouait de l'orgue. Un saxophoniste aussi. Ils jouèrent IN THE MOOD, I LEFT MY HEART IN SAN FRANCISCO...
Fr. a tout oublié!
Pas de limousine. Moi, le marié, je conduisais ma petite Datsun jaune-orange.
Le plus beau voyage de ma vie, quand même. Je me souviens d'en être revenu reposé comme jamais je n'avais ressenti depuis des années... Retour à la Baie sans un sou dans nos poches...
Nous nous mariions pour le meilleur et pour le pire, et c'est ce qui arriva. Séjour à Minneapolis qui se termine en queue de poisson. Résidence infernale. Suite de déménagements. Mon père décède. Etablir une pratique chirurgicale. Tant travailler. Ma mère décède. Les enfants, leurs problèmes, essais et erreurs, échecs et succès. Mes beau-parents trépassent. Mes coronaires bouchent. Fr. souffre d'un tic douloureux, puis d'une sténose spinale. Tout ça sur 37 ans... Notre histoire intéresse très peu de gens... et je ne m'en formalise pas. Ceux-là sont partis qui pourraient se souvenir. Seule ma belle-soeur ontarienne s'en est rappelé, ce matin, en notant la date. Pas un mot des enfants; je me demande s'ils savent même que leurs parents se marièrent ce jour-là.
Nous avons toffé la ronne et je me demande encore comment... Nous ne sommes pas les seuls!
"Les gens diffèrent par ce qu'ils montrent et se ressemblent par ce qu'ils cachent" C'est de Paul Valéry.
Mais je ne regrette rien. Delhorno

lundi 24 septembre 2007

QUELQUES BONNES...

Je préfère glisser ma peau sous les draps
Pour le plaisir des sens
Que la risquer sous les drapeaux
Pour le prix de l'essence.
Raymond Devos (Iraq)

Partir, c'est mourir un peu; mourir, c'est partir complètement.
Emile Allais

Mon seul regret, c'est de n'avoir pu réconcilier les oeufs brouillés.
Emile Allais

Les gens se ressemblent par ce qu'ils cachent et diffèrent par ce qu'ils montrent.
Paul Valéry

Celle-ci, enfin, est dédiée au capitaine Simard, qui m'a tout montré du fjord saguenéen sauf ceci:

Si on ravitaille une ville, une armée,
on avitaille un bateau, un navire...
Delhorno

dimanche 23 septembre 2007

L'AFFAIRE JEANSON

Ainsi donc l'ange avait des cornes. Car, comme tant d'autres, j'ai été médusé moi aussi. Championne junior mondiale en Italie: c'était trop beau. Québecoise par surcroït... Je l'aimai tout de suite. Elle avait l'air d'un ange... Sexagénaire meurtri par les vicissitudes de la vie, chaque matin je crois avoir tout vu. Le soir-même, il en sort une que je n'ai pas vue encore. Entre nous, Jeanson n'est pas la première fifille à mordre à l'hameçon... Et le sexe n'a rien à voir.
Ce vendredi-soir là, je devais avoir 12 ou 13 ans, il y avait une course à pied sur la glace du Palais Municipal, à Port-Alfred. J'étais inscrit, au même titre que mes confrères de classe. Il s'agissait de faire un tour de glace en courant. Le règlement ne spécifiait rien d'autre. Donc, nous devions nous présenter en bottes d'hiver sur la ligne rouge au moment approprié. Je discutais l'affaire au souper avec Roland, mon père. Comment améliorer la traction des mes bottes de caoutchouc tout en diminuant le patinage... Quelques instants plus tard, nous étions dans la cave en train de "clouter" une paire de vieilles "claques". Ma course était gagnée d'avance!
J'entrai donc au Palais Municipal avec un sac de papier cachant mon subterfuge... Mon père arrive un peu plus tard et me dit:
-Claude, c'est malhonnête ce que nous faisons là. Jette le sac dans un coin et fais ta course comme tout le monde.
J'obtempérai, bien content dans le fond, car je me sentais mal à l'aise. Je terminai troisième. Quand même content. Celui qui gagna avait meilleure traction et glissait pas mal moins que tous nous autres... C'était un Lavoie, je pense, et je le revois encore nous dire à l'arrivée, d'un sourire vainqueur:
-Mon père est allé m'acheter des "claques" neuves! Ca glisse pas mal moins, et ça tire mieux!
Jeanson n'avait que 16 ans... Elle a cru le bonheur dans l'EPO... D'autres se font exploser dans un autobus de Tel Aviv pour d'autres motifs... On a en a vu se cloîtrer et s'autoflageller au même âge pour un certain Jésus... On peut mordre à toutes sortes d'hameçon. Mon point? A un moment donné dans ta jeunesse, ça prend quelqu'un, un Roland, qui puisse mettre la main sur ton épaule et te dire:
-Joue la game droitement mon gars, joue la vie honnêtement!
Encore faut-il écouter... "The student must be ready for the teacher to appear."
To my sense, Jeanson was ready... but the teacher was a crook! Delhorno

jeudi 20 septembre 2007

IL Y A DERRIERE UNE HISTOIRE...

LES YEUX

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;
Ils dorment au fond des tombeaux.
Et le soleil se lève encore.

Les nuits, plus douces que les jours,
Ont enchanté des yeux sans nombre;
Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d'ombre.

Oh! qu'ils aient perdu leur regard,
Non, non, cela n'est pas possible!
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l'invisible;

Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leur couchants.
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux que l'on ferme voient encore.
Sully Prud'homme

Merci monsieur l'Inspecteur! Delhorno